Alors que les résultats officiels du premier tour de la présidentielle au Zimbabwe n'ont toujours pas été publiés, dix jours après le scrutin, l'opposition a accusé mardi le parti du président Mugabe d'orchestrer une campagne de violences et d'intimidation dans des régions rurales isolées avant un probable second tour. Les adversaires de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 28 ans, ont saisi la justice pour obtenir la publication immédiate des résultats du scrutin du 29 mars. La Haute cour du Zimbabwe a accepté mardi d'examiner cette requête en urgence et entamé
l'audition des arguments de l'opposition et de la commission électorale. L'audience devait reprendre mercredi. La veille, le secrétaire général des Nations unies Ban ki-moon avait appelé à la publication rapide et transparente des résultats. Le chef de l'opposition Morgan Tsvangirai, à la tête du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a revendiqué sa victoire dès le premier tour de la présidentielle du 29 mars, ainsi qu'aux législatives organisées le même jour. Malgré l'absence de résultats officiels, le président Mugabe, qui a implicitement reconnu qu'il n'avait pas remporté ce premier tour, semble avoir commencé à faire campagne pour le second tour en intimidant ses détracteurs et en attisant les divisions raciales. Les informations se multiplient sur des évictions de fermiers blancs de leurs terres. Un porte-parole du syndicat des fermiers a évoqué une soixantaine d'incidents depuis samedi. Selon le secrétaire général du parti de Morgan Tsvangirai, Tendai Biti, "il y a eu des violences massives dans le pays depuis le 29 mars. D'après lui, la plupart des incidents ont eu lieu dans les bastions traditionnels du parti au pouvoir, la ZANU-PF, qui ont voté cette fois-ci pour l'opposition, dont les zones rurales de Murewa, Mutoko, Gweru. Il a ajouté que des militants de la ZANU-PF, déjà utilisés pour intimider les membres de l'opposition, recevaient à nouveau des armes: "il y a eu une militarisation complète et un réarmement complet des milices qui ont semé la terreur en 2000 et en 2006". Pour Tendai Biti, l'attente des résultats officiels de la présidentielle "a paralysé le pays". "Personne ne va travailler, tout s'est arrêté". Le ministre de l'Information du gouvernement sortant de M. Mugabe, Sikhanyiso Ddlovu a démenti les accusations de violence. "Il n'y a rien de tel. Ils inventent des choses. C'est pacifique", a-t-il affirmé lors d'un entretien téléphonique. En outre, le porte-parole du syndicat agricole, Mike Clark, a déclaré qu'environ 60 fermiers blancs ont été forcés de quitter leurs terres depuis samedi."La situation s'intensifie très rapidement", a estimé le président du Syndicat des fermiers commerciaux du Zimbabwe, Trevor Gifford, qui a a ajouté que plusieurs de ces exploitants agricoles avaient été chassés sans avoir pu rien emmener avec eux. "Ils ont dû laisser leurs clés", a-t-il souligné. Au cours du week-end, Robert Mugabe avait exhorté la population à défendre les terres dont les fermiers blancs avaient été chassés depuis 2000, et des militants avaient commencé à envahir les rares exploitations appartenant encore à des agriculteurs blancs. Ces campagnes d'éviction des blancs de leurs terres avaient commencé en 2000, après la premier défaite électorale subie par Mugabe, l'échec d'un référendum destiné à accroître les pouvoirs présidentiels.
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