Sur le central, Gaël Monfils est chez lui et vient d'exploser le box-office. Au-delà de son enthousiasme communicatif, le Parisien a délivré une leçon tactique, physique et mentale (6-3, 3-6, 6-3, 6-1 en 2h27') à David Ferrer, numéro 5 mondial, pour rejoindre dans le dernier carré Roger Federer. Au fil des matches, l'élève de Thierry Champion avait annoncé ses intentions « d'aller jusqu'au bout ». Au fil des matches, il transforme ses paroles en actes et son quart de finale est un modèle du genre. Gaël Monfils s'est montré exceptionnel à plus d'un titre.
Exceptionnel au niveau tactique, il a annihilé le mini-Nadal. Pendant près de 2h30, l'Espagnol s'échine avec ses grands lifts et ses frappes à pleine puissance. En face, Gaël Monfils attend tranquillement, ne force pas, défend parfaitement et s'engouffre dans la moindre ouverture. «Avec Thierry (Champion, son entraîneur), on avait remarqué un point, c'est qu'il ne fait que des revers croisés. Donc j'avais toujours un peu cette aisance à couvrir mon terrain, analyse le 59e joueur mondial. Je savais que si je touchais son revers, il était à 90 % croisé. Cela m'a vachement aidé. Et derrière, il fallait faire pas mal de revers longues lignes. » Il anticipe les grands coups droits décroisés de son adversaire, il s'appuie sur son immense service pour s'offrir des points gratuits et se permettre de souffler et il jette le trouble dans l'esprit de David Ferrer qui n'arrive pas à déborder Sliderman. Lorsqu'il étouffe sous la cadence adverse, il a l'intelligence de laisser filer le jeu pour récupérer de l'énergie à l'image du deuxième set. Ses jeunes années de chien fou sont bien loin, Gaël Monfils a bien grandi, a appris à capitaliser et à gérer ses efforts pour appuyer sur l'accélérateur lors des moments importants.Supérieur mentalement et physiquement
Exceptionnel au niveau mental, il a réussi l'immense exploit de faire abdiquer un des joueurs les plus tenaces du circuit. Surnommé "Le Pou" par ses compatriotes, David Ferrer n'en peut plus à partir de 4-3 dans le troisième set et encaisse sept jeux consécutifs. Très concentré, Gaël Monfils a détruit psychologiquement son adversaire à l'instar des premier et dernier jeux. D'entrée sur le service adverse, le Parisien montre son tempérament avec un revers gagnant décroisé, une terrible gifle de coup droit et un changement sans rythme pour breaker David Ferrer. Pour conclure, Gaël Monfils démontre toute sa maturité. Mené 0-30, il ne sert alors que des premières balles de service pour revenir et sauve une balle de break sur un service gagnant à 202 km/h. A 40 partout, il prend son temps, va chercher sa serviette, souffle et délivre une première balle à 194 km/h suivie d'un coup droit gagnant. A sa première balle de match, un brouhaha retentit lorsqu'il rate sa première balle de service, mais un retour de revers dans le filet le délivre. Il peut se tourner vers son clan et se frapper sur le coeur.
Exceptionnel au niveau physique, il a usé le plus robuste des gaillards. Lors de ses précédents matches, Gaël Monfils a toujours vanté la qualité du travail de préparation, réalisée avec son équipe. Sur le court, il a prouvé que ce travail fait bon ménage avec ses dons. Dans le deuxième set, il est apparu à plusieurs reprises épuisé dans un coin du court. L'oeil hagard, le souffle court, il a souffert. Mais il a su aller bien au-delà de cette douleur physique pour épuiser son adversaire, touché par ses deux précédentes rencontres remportées en cinq manches. «J'ai eu un vrai coup de pompe, mais je ne lâche pas devant ma famille et le public français. La fatigue, on l'oublie et on repart au combat, explique le Tricolore. On est peut-être fatigué pendant deux ou trois jeux, cela vaut peut-être un set, cela va très vite à ce niveau-là, mais derrière je ne vais pas oublier le nombre de footings que j'ai faits.»Comme un vieux routier, il a su gérer son effort et s'est montré "indébordable". Tous les sets, à l'exception de la deuxième manche, il a toujours fait la course en tête en breakant d'entrée. Grâce à la qualité exceptionnelle de son service, il a pu se "ménager" pour se concentrer sur l'engagement adverse. Dans les premier et troisième sets, il n'a jamais été mis en danger sur sa mise en jeu ! Pendant ce temps, David Ferrer bataille sur chaque point, se dépense et craque. «Je ne pouvais pas faire mieux aujourd'hui», glisse-t-il à la fin du match. Pour Gaël Monfils, faire aussi bien face à Roger Federer permettrait d'encore rêver. Et Jose Higueras, venu jeter un oeil à la fin de la rencontre, peut prévenir son élève. La Monf veut « aller jusqu'au bout » : «A court terme, l'objectif est de battre le numéro 1 mondial, puis on verra l'objectif final.»
Sophie DORGAN, à Roland-Garros

